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تونس اليوم Borj Kallel et Aida Zahaf à Sfax: Que de succès, que de frustrations...

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Borj Kallel vient de fêter dix ans d’existence. Derrière la dynamique culturelle qu’a créée cet espace à Sfax, une femme d’exception, une femme de culture, une femme de résistance culturelle dans la région.

Aida Zahaf, vice-présidente de l’association Nahawand, et ancienne présidente de l’association des amis des arts plastiques de Sfax, cette militante culturelle est arrivée à ancrer le label « Borj Kallel » comme lieu de résistance culturelle.

Sis à 6 kilomètres sur la route de Gremda, ce Borj bouillonne culturellement depuis près de 10 ans de vie : expositions de peinture, symposiums d’art plastique, dédicaces de livres, soirées musicales, ateliers pour enfants et autres activités fruit des idées et de l’énergie de toute une équipe férue d’art.

Aida Zahaf, que nous avons eu le plaisir de rencontrer, a bien voulu nous faire part de la bataille qu’elle mène à Sfax, une bataille en faveur de la diffusion de l’art, de la préservation du patrimoine de la région et de l’éducation.

"Quand j’ai pris borj el kallel (On a ouvert nos portes le 16 mai 2008), j’ai donné ma parole à si Abdesslem Kallel, propriétaire du Borj, pour en faire un espace d’art de de valorisation du patrimoine.

Mais je n’oublierais jamais les débuts lorsqu’un jour, j’ai dit, lors d’une conférence, que j’espèrais qu’on ait un Chraiet à Sfax, une personne qui ouvre son borj au public et que j’ai cherché jusqu’à trouver si Abdesslem Kallel qui a donné son accord pour que l’association que je présidais depuis 3 ans, l’association des amis des arts plastiques, gère le borj.

Et nous avons grandi peu à peu à travers l’organisation d’évènements, de symposiums, d’exposition, d’ateliers d’art plastique, de patrimoine, en valorisant les jeux traditionnels pour enfants, comment faire le mlabess, comment presser l’huile, etc. En organisant aussi des conférences sur les personnalités de la ville qui ont laissé des empreintes comme Mohamed Fakhfakh, Cheikh Boudaya, Abdeaziz Achiche, etc.

Et malgré le peu de moyens et toutes les difficultés que nous avons rencontrées en chemin, je ne m’attendais pas à ce qu’on arrive à ce stade avec une organisation plus que professionnelle".

SOS Borj en péril : Sauver les borjs de Sfax

Pour « SOS Borj en péril » qui est une manifestation de taille à Safx, Aida Zahaf explique ce qui suit: « SOS Borj en péril » consiste en un circuit de visite d’un certain nombre de borjs mais tire sa force de l’idée qui la sous-tend. En effet, notre réflexion s’est basée sur comment préserver ce patrimoine de borjs menacés de disparition.

L’Histoire de borj en péril est venue suite à une conférence donné aux étudiants en master sur l’exposition de Borj Kallel. Je suis passée prendre une photo d’un borj que j’ai perdue, et là j’ai trouvé un immeuble à sa place, ce fut un choc. En fait, j’avais constitué une bibliographie de borjs, et cela est devenu une fixation pour moi.

Le jour même, j’ai convoqué une réunion pour faire quelque chose, un des membres m’a dit, on l’appelle « SOS borj en péril », et on a fait un circuit à travers un certain nombre de borjs de Sfax. Pour la première édition, les 400 personnes ont été dépassées".

Et Malgré le fait que la manifestation ait connu un succès certain, Aida Zahaf a avoué ce qui suit: "Nous persistons à avoir des difficultés financières. On a eu du mal, car les sponsors sont peu nombreux, quant au ministère de la culture, il a supprimé le financement des associations. Donc cela est devenu encore plus difficile. A titre d’exemple, on recevait entre 60 et 70 mille dinars et là on a à peine 10 mille dinars.

Aida Zahaf rajoute: "Je m’attendais qu’un projet comme « SOS Borj en péril », et vu son importance pour la préservation du patrimoine architecturale, trouve le soutien des différents acteurs de la place et notamment le ministère de la culture. Pour l’anecdote, j’ai demandé une fois à la déléguée de la culture de la ville de Sfax une banderole de 50 dinars, elle m’a dit qu’elle n’avait pas d’argent, et après on voit des choses…  Enfin, tout ça pour vous dire que c’est frustrant, surtout que nous sommes une équipe très active et que nous prenons les choses à cœur.

Que de succès, que de frustrations...

Avec un ton critique, le coeur battant de Borj Kallel nous a confié que "Les ministres de la culture Basti, Mabrouk, Sakli et d’autres responsables m’ont dit que le travail que nous accomplissons n’est pas le travail d’une association mais plutôt celui du ministère, ils sont épatés. Le seul qui n’a rien dit et qui n’est pas venu à Borj Kallel est l’actuel ministre Mohamed Zine El Abidine..

On a organisé le symposium de la céramique avec zéro millime, aucune aide, alors que le délégué du tourisme m’a dit qu’il comptait en faire l’évènement de l’année. Finalement, personne n’est venu voir les céramistes du monde entier ! Nous sommes partenaires avec l’université pour avoir un conférencier ou du matériel. Quand on est à l’aise financièrement on peut faire des choses alors que durant 24 heures je me casse la tête, j’ai beaucoup d’idées mais le manque de moyens demeure une entrave de taille"".

Et elle rajoute: "Nous lancerons en octobre, le premier symposium méditerranéen des arts plastiques à Sfax. A Sfax, nous n’avons aucun évènement art plastique en dehors du régional. Nous sommes les seuls s’ouvrir sur les autres.

Aida Zahaf parle évoque aussi les 2 spécificités uniques de Borj Kallel en Tunisie. "D’abord le mécénat, vous voulez encourager le mécénat ? Personne ne sait quoi que ce soit sur Abdesslem Kallel, à part les gens de la ville de Sfax, il a restauré son borj, qui est un patrimoine, il a gardé les meubles de sa famille et tout ce qui appartenait à sa famille, il nous a donné les clés et dit : « Travaillez à but non lucratif et essayez de l’animer ».

La deuxième spécificité, c’est qu’il est géré par une association et non par un particulier. Rien que pour ces deux choses ; nous méritons d’être plus qu’encouragé par les ministères du tourisme et de la culture".

Cette frustration, Aida Zahaf ne la cache pas: "des fois je regarde à la télévision des programmes qui passent, normalement une personne comme si Abdesslem Kallel devrait être un exemple à citer pour encourager les autres mécènes. Borj el Kallel, qu’il a hérité de son père, il aurait pu le transformer en immeuble et gagner de l’argent. Là, il est en train de penser à fructifier le terrain à côté pour financer le borj".

Aida Zahaf nourrit aussi de nouvelles ambitions. Même si elle a demandé, il y 2 ans, à faire une convention de partenariat avec le ministère de l’éducation, et qu’elle n’a pas eu de réponse, elle a réfléchi entre-temps a un grand projet qui touche Sfax et les élèves de Sfax, c’est un projet qui combine l’art et l’éducation et tout particulièrement l’histoire.

« J’ai une idée pour que les enfants puissent apprendre leur histoire dans le jeu. Le projet est prêt, je vais l’envoyer pour qu’ils réfléchissent dessus. Ce que je demande c’est qu’ils arrivent à payer les enseignants qui vont faire les ateliers. J’espère qu’ils vont accepter, car il touchera tous les enfants de toute la Tunisie» dit-elle.

Résister culturellement à Sfax

Sans doute aucun, Aida Zahaf fait acte de résistance culturelle à Sfax. Pour elle, cela relève du défi, celui de préserver l’âme de Sfax car dit-elle : « Personne ne donne de la valeur au passé. Certains ont démoli leur borj, leur patrimoine ; j’ai travaillé sur ça… Sfax dispose d’une telle richesse, au niveau vestimentaire, culinaire, architecturale. Je suis fière d’être pour quelque chose dans ça... Quand je vois comment étaient les borjs avant 2014, alors qu’ils sont actuellement valorisés. On a sauvé plusieurs borjs. J’ai contribué à cette prise de conscience ».

Aida Zahaf pense que l’administration du patrimoine doit être beaucoup plus ferme en ce qui concerne les bâtiments. « C’est vrai que la médina est préservée, mais le reste? Sfax, à un certain moment, n’avait plus d’âme. On n’est pas les seuls à nous engager dans ce sens mais nous ne sommes pas beaucoup » dit-elle. D’ailleurs ne vient-elle pas de créer l’association des propriétaires des demeures anciennes APAM à qui elle espère une envergure nationale.

Entre paroles optimistes et mots amers, Aida Zahaf continue sa lutte "quand j’ai commencé, je me suis dit quand ils vont voir ce qu’on fait, ils vont m’appeler pour me dire "travaillez et on va vous aider", et après je me suis rendu compte que je devais lutter seule, avec mon groupe, par amour pour Sfax et de son patrimoine".

 

Chiraz Ben M’rad

 


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